Roger Raspail • tambours traditionnels
Jony Lerond, alias Somnanbil • chant, percussions
Moïse Marie • chant, basse, percussions
Maryll Abbas • accordéon
Percussionniste guadeloupéen, maître es-percussions, Roger Raspail a servi de son talent plusieurs générations d’artistes, de Pierre Akendengue à Cesaria Evora, de Chico Freeman à Papa Wemba, de Kassav à Anthony Joseph. Donnant de nouvelles couleurs sonores à l’épopée des musiques noires sans jamais altérer son identité musicale, il s’est rarement mis en avant. C’est donc autour de ce projet que le Chantier le sollicite : celui d’une variation autour du « Ka ». Ka qui est autant tambours, que réunion, fête, rite, mémoire collective. Tant savoir manier les tambours renvoie à un patrimoine et se veut appartenance à une aventure humaine qui débuta dans la douleur de l’esclavage pour parvenir à l’émancipation et l’épanouissement expressif des populations de la Caraïbe.
Deux disques en plus de quarante ans de carrière. Le moins que l’on puisse écrire est que Roger Raspail a pris son temps pour coucher sa vision du monde de la musique. Tambour majuscule qui figure sur des centaines d’albums, il s’excuse : « J’avais d’autres priorités : les rencontres et les partages, synonymes d’échanges. » Free jazz ou morna capverdienne, swing caribéen ou rumba congolaise, funk spirituel ou transe du Sahel, le Guadeloupéen est de ces hommes de l’ombre dont l’humilité rend d’autant plus féconde la musicalité. Doigté expert, de la caresse à la frappe, il sait tout donner sur les peaux, cela transpire par tous les pores. C’est ainsi qu’il fait le liant depuis des décennies dans des projets dont la diversité d’horizons en dit long sur son ouverture d’esprit et ses facultés d’adaptation. Un parcours qui raconte une diversité et un enracinement dans ce qui fonde son identité créolisée. Dans ce désir d’embrasser de vastes territoires, Roger Raspail n’a jamais cédé une once de son originalité. A commencer par les sept rythmes qui constituent l’identité du gwo ka, le tambour qui est la marque de fabrique de son île. « Je reste quoi qu’il advient gwo-ka et cela est définitivement ancré dans mes racines, mes gènes et mon sang. Je ne peux m’empêcher de penser, rêver, manger ou encore séduire par et avec le gwo-ka. Ce tambour, cette musique m’ont tout donné. Mais en retour, il est évident que ma musique sonne le gwo-ka et cela peut importe le type d’instrument utilisé. Le gwo-ka comme le jazz, le reggae, ou tout autre forme de musique de résistance, est une philosophie de vie ». Né en décembre 1953 à Capesterre Bel Eau, Roger Raspail a grandi avec ce son-là, écho des mouvements d’émancipation des années 1970. Après de premières expériences avec le maître Rudople Coppry, il quitte les tropiques, pour s’installer outre-Atlantique. Au mitan des années 1970, il passe pro, fréquente le Centre américain, alors centrifugeuse de bien des expériences du côté du jazz libre. C’est le temps de l’éveil, auquel va succéder les années 1980, où le percussionniste se multiplie sur tous fronts. Difficile de dresser un inventaire de ses collaborations, parmi lesquelles il faut retenir celle de longue durée avec Cabo Verde Show. Mais on pourrait aussi citer le cultissime flûtiste Eugène Mona, la diva aux pieds nus Cesaria Evora, le pianiste zen Mal Waldron, le génial guitariste Dominique Gaumont… A l’orée des années 2000, il enregistre un premier disque pour le compte de Marge. Il lui faudra encore attendre près de vingt ans et plus de deux cent disques enregistrés auprès des autres, pour le retrouver en position de leader. Cela avec « Dalva », du nom de sa petite fille adorée, comme la suite naturelle de « Fanny’s Dream », ce premier disque qui portait le nom de sa fille. Bossa, calypso, musique rara, soul jazz, biguine, cadences… Ecrit au fil du temps, ce répertoire est l’occasion pour le maître de cérémonie de dialoguer avec des complices de longue date. Ainsi Jacob Desvarieux, du groupe Kassav, fait écho aux années 80. Il en va de même de Patrice Caratini, contrebassiste que le percussionniste a rencontré voici plus de trente ans, du quintessentiel pianiste Alain Jean-Marie, ou d’amis plus récents comme, le violoncelliste, Vincent Ségal, ou le chanteur trinidado-londonien, Anthony Joseph.
Depuis ses premier albums, « Ton si ké Bayif » et « Famn An Nou », Jonny Lerond, alias « Somnanbil » fait figure emblématique du Gwo-ka en Ile-de-France. Il possède une voix très mélodieuse et est un tambouyé et danseur remarqué. Il est responsable du festival Festi’k, Festival des sens du Ka. Tout jeune, il se délecte des chansons de maîtres-ka tels que Ti-Céles, Esnard Boisdur, Robert Loyson, Sergius Geoffroy, Chaben, Anzala. A l’âge de 16 ans ; il intègre l’école Sòlbòkò sous la houlette de son fondateur, Bébé Rospard qui l’initie aux subtilités de la musique gwoka. Il participe à de nombreux évènements culturels dont le fameux Festival de gwoka de Sainte- Anne, ainsi que diverses tournées à Marie-Galante, Les Saintes, Saint-Vincent, Antigua. En 1999, il s’installe en France, distille ses connaissances en matière de traditions au sein d’associations antillaises, et intègre le groupe Jenn ki Ka créé par BilouteGwoka, un autre musicien de gwoka.
Après avoir participé à différents albums en tant qu’auteur-compositeur, il sort le sien, intitulé « Ton si ké Bayif », en 2004. Son second album intitulé « Fanm an nou » sort en 2007. Il participe en 2009 à la pièce de théâtre Adélaïde mise en scène par Dominique Bernard.
SOUFFLE L’ESPRIT DU GWO KA
Coproduction : Le Chantier
Résidence de création au Chantier 16 au 20 avril 2018
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Centre de création des nouvelles musiques traditionnelles & musiques du monde