Ottilie B : chant diphonique, accordéon
Denis Péan : chant
Christine Salem : chant
C’est au gré du vent et des rencontres qu’Ottilie [B] tombe sous le charme des voix de Denis Péan (Lo’Jo) et de Christine Salem. Entre chants maloya, déclamations entêtantes, chants soufis ou diphoniques, ces trois belles voix nous transportent aux confins du monde.
Avec son tambour comme véhicule, Ottilie [B] a parcouru la Mongolie, la Finlande, la Réunion, et l’Europe pour y multiplier les rencontres et échanges artistiques avec des « passeurs ». Sa voix nous guide (chant diphonique et soufi) dans un voyage imaginaire, où la musique réunit poétique et musicalité des mots. En live, on perçoit quelque chose de primaire, sauvage, quelque chose qui sort de la féminité et l’incarne au plus profond. Pour cette création, Ottilie [B] est accompagnée par la voix poignante et inquiétante de Denis Péan (Lo’Jo), comme celle du Johnny Cash des années 90. Denis Péan s’aventure au piano, à l’harmonium indien pour des clams habités d’existences farouches. Christine Salem (Réunion) complète ce trio singulier. C’est l’une des rares voix féminines du maloya, une personnalité charismatique et forte. Sur scène, la jeune femme est littéralement traversée par un flot de paroles, de rythmes et d’émotions, dans lequel les ancêtres mugissent leur révolte dans un culte saisissant aux esclaves marron.
Ottile B. est reconnue aujourd’hui comme un personnage atypique des musiques actuelles. Son succès médiatique place son parcours dans une forme de réussite, qui pourrait se contenter de cela. Au contraire Ottilie continue à s’interroger et à interroger ses sources dans une confrontation incessante à d’autres pratiques, d’autres mondes musicaux. Elle aborde le monde des musiques traditionnelles avec un regard particulièrement intéressant pour nous. Il reflète la richesse de ses expressions, l’infinité de ses sources. Elle convoque à ses côtés deux personnes importantes de la musique d’aujourd’hui, tous deux particulièrement férus de leur s traditions. Dénis Péan et Christine Salem.
Il s’agira dans cette courte résidence de faire le point des oeuvres réalisées avec chacun de ses invités à la Réunion ou à Angers et de préparer une performance en commun présentée aux Joutes. Se rassembler, donner forme à une présentation à trois de ce qui a existé déjà en deux fois deux. Il restera a près ce temps celui du risque, celui de la présentation spontanée, de l’invitation au partage.
Denis Péan est un poète français, fondateur du groupe Lo’Jo. Il est à la fois auteur, compositeur, interprète, et joue de divers claviers. Ses textes résonnent des voyages accomplis. Le rencontrer est une escale. Le définir n’étant pas chose aisée, il suffit peut-être de lire quelques extraits d’entretiens :
« Aujourd’hui dans une chanson, j’essaye d’avoir toujours deux plans, un sens direct clairement compréhensif et un second avec des articulations magiques ».
« J’écris les textes et la silhouette de la plupart des chansons. Je parle directement ou pas de la terreur ou de la beauté du Monde. Je mêle mes impressions poétiques à des considérations sur la religion, sur les choses sociales ou sur la politique de mon pays ».
« J’avoue que j’aime bien aborder le sentiment de tristesse, qui pour moi fait partie de l’être humain. Nous devons parler de cet état d’âme, porteur de grande force. La tristesse contient sa propre guérison en elle-même. Si on ne pleure pas, on ne consacre la vie qu’à la joie éphémère, futile ou superficielle ! »
Denis a publié trois ouvrages :
Les passagers ordinaires du temps, 1996, Deleatur.
Sommeil, sommeil, 2000, Deleatur.
Musée la parole, 2007, Almarita.
C’est une des rares voix féminines du maloya, une personnalité charismatique et forte.
Depuis son enfance passée dans le quartier des Camélias, Christine Salem n’a jamais cessé d’écrire et de composer. Dans ce pays maloya, l’Île de la Réunion, où les morts parlent aux vivants, elle remplit ses cahiers d’écriture au milieu de sommeils agités. Mais la plupart de ses chansons naissent sur scène, au cours de séances extatiques qui laissent jusqu’à ses musiciens pantois. Dans ces moments d’intense créativité, la jeune femme est littéralement traversée par un flot de paroles et d’émotions. Vecteur ou médium, elle fait don de son corps tandis qu’à travers son esprit les ancêtres guident sa plume, mugissant leur révolte dans un culte saisissant aux esclaves marrons.
Une voix très grave dans un corps de femme, des textes emportés sur des musiques en transes ou des complaintes en lamento sur des rythmes endiablés. Surtout, c’est une langue inventée, où les onomatopées se mêlent aux accents créoles, arabes, malgaches et swahilis.
Christine Salem est un diamant brut qu’elle façonne à sa guise ; une artiste extra-ordinaire qui suit une voie singulière, rétive à toute forme de compromis, rebelle par nature, insoumise par culture, marquée par un besoin absolu de liberté. Comment pourrait-il en être autrement pour celle qui est née un certain 20 décembre, jour anniversaire de l’abolition de l’esclavage à la Réunion ?!
Passage
Production :
Coopérative Internexterne
Avec le soutien de :
Le Chantier – Centre de création des nouvelles musiques traditionnelles & musiques du monde, la Chambre d’eau (Le Favril – 59), le 188 (Lille – 59)
Résidence de création au Chantier du 11 au 13 mai 2016
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